En bref
Une forcola est le tolet en bois sculpté contre lequel pivote la rame unique d'une embarcation vénitienne ; un remèro (pluriel remèri) est l'artisan qui la façonne, ainsi que les rames elles-mêmes. Chaque forcola est taillée sur mesure dans le noyer selon la taille, le coup de rame et le type de bateau du rameur, offrant plusieurs points d'appui distincts plutôt qu'un tolet fixe. Une demi-douzaine d'ateliers environ pratiquent encore ce métier à Venise aujourd'hui.
En un coup d'œil
- Artisanat
- Sculpture de forcole et de rames (remi) pour les embarcations vénitiennes
- Matériau
- Généralement du noyer pour les forcole ; hêtre ou sapin pour les rames
- Où le voir
- Petits ateliers du Dorsoduro et près du Squero di San Trovaso
- Temps pour apprendre les bases
- Des années d'apprentissage pour une pleine maîtrise ; une seule forcola demande de quelques jours à plusieurs semaines de sculpture
- À noter
- Ce sont des ateliers de travail, pas des boutiques — mieux vaut appeler ou demander avant d'entrer
- Dernière vérification
- Juillet 2026
Un tolet qui est en réalité une sculpture
La plupart des traditions d'aviron utilisent un tolet simple : une fourche métallique fixe dans laquelle la rame vient se loger. La voga alla veneta — ce style de rame debout, tourné vers l'avant, utilisé sur les gondoles et la plupart des embarcations traditionnelles de la lagune — fait appel à quelque chose de bien plus étrange et sophistiqué. La forcola est une pièce de bois unique, sculptée, généralement dans le noyer, dont les courbes offrent à la rame plusieurs points d'appui distincts : un pour le coup de rame puissant vers l'avant, un pour une allure de croisière lente, un pour la marche arrière, un pour virer serré dans un canal étroit. Un gondolier expérimenté déplace la rame entre ces positions au cours d'une même manœuvre, utilisant la forme de la forcola plutôt que la seule force musculaire pour diriger le bateau. Il n'en existe pas deux identiques, car il n'existe pas deux rameurs, deux bateaux ou deux usages identiques — une forcola conçue pour un équipage de régate n'a pas la même forme que celle d'une gondole touristique ou d'un sandolo familial.
Qui les fabrique : les remèri
Les artisans qui sculptent les forcole et les remi (rames) qui les accompagnent sont appelés remèri, un nom de métier hérité de la structure corporative de l'ancienne République, à l'époque où charpentiers de marine, fabricants de rames et remèri étaient organisés en professions distinctes et réglementées, dotées de leurs propres statuts. Aujourd'hui, seul un petit nombre d'ateliers perpétue ce métier à Venise — on cite généralement le chiffre d'une demi-douzaine d'ateliers actifs, concentrés pour la plupart près des chantiers navals du Dorsoduro, bien que ce nombre exact varie au fil des départs à la retraite des artisans les plus âgés et, parfois, de l'arrivée d'un jeune apprenti reprenant la bottega. Le remèro contemporain le plus connu à l'international a bâti sa réputation en partie en expliquant son métier aux visiteurs et aux chercheurs, traitant la forcola comme une sculpture fonctionnelle méritant d'être comprise plutôt que comme une curiosité ; ses pièces en noyer figurent aujourd'hui dans des collections de design et des collections maritimes hors d'Italie — mais le cœur de l'activité reste local, fondé sur la commande, et lent.
Comment une forcola est fabriquée
Le processus commence par une ébauche brute de noyer, choisie pour un grain de bois capable de résister au couple exercé par l'aviron, et par une conversation minutieuse entre l'artisan et le rameur : quel bateau, quelle taille, quelle position de rame, droitier ou gaucher, usage sportif ou de loisir. À partir de là, le remèro travaille surtout à l'œil et à la main — râpes, couteaux à planer, gouges et papier de verre plutôt que gabarits mécaniques — façonnant la pièce sur plusieurs jours, parfois plusieurs semaines, vérifiant l'ajustement avec la rame et, idéalement, avec les propres coups d'essai du rameur avant la finition définitive. Le résultat est huilé ou ciré plutôt que fortement verni, afin que le bois puisse être lu et ajusté à mesure qu'il vieillit. Une forcola bien faite est censée résister à des décennies d'usage intensif, restaurée périodiquement plutôt que remplacée.
Les rames, elles non plus, ne sont pas standard
L'autre production du remèro, le remo, a une apparence trompeusement simple : une longue rame effilée, en hêtre ou en sapin, équilibrée pour que son poids se positionne correctement contre la forcola, selon le coup de rame et le bateau de son propriétaire. Longueur, flexibilité et forme de la pelle sont toutes ajustées à l'individu — un remo de course pour la Regata Storica diffère sensiblement de celui conçu pour une lente balade du soir sur le Canal de la Giudecca. Comme la rame et la forcola sont ajustées ensemble pour un seul rameur, acheter l'une ou l'autre toute faite est, chez ceux qui rament sérieusement, considéré comme le signe de ne pas prendre le sport au sérieux.
Pourquoi ce métier reste fragile
L'économie de la fabrication des forcole est sans concession : une forcola véritablement faite à la main exige de nombreuses heures de travail qualifié et ne peut être vendue à un prix capable de rivaliser avec les objets décoratifs « en forme de forcola » produits en série et vendus comme souvenirs dans les boutiques touristiques de la ville — des objets qui ne sont pas conçus pour de véritables bateaux et ne sont absolument pas fabriqués par des remèri. Cet écart — entre un objet qui fonctionne sur l'eau et un autre qui se contente d'en avoir l'apparence sur une étagère — est la même pression que subissent plusieurs artisanats vénitiens, et il explique que le métier survive surtout grâce aux commandes de rameurs sérieux, de clubs d'aviron et de collectionneurs, plutôt que par la vente au détail ordinaire. L'apprentissage reste informel, d'atelier en atelier, ce qui rend la transmission du savoir-faire à la génération suivante réellement incertaine, même si la demande des clubs d'aviron et de la culture des régates demeure raisonnablement stable.
Découvrir l'artisanat sans acheter un souvenir
Un visiteur curieux du véritable objet gagnera davantage à visiter un atelier avec respect — de nombreux remèri ont l'habitude des visiteurs curieux et se feront un plaisir d'expliquer leur travail si on les aborde à un moment calme plutôt qu'en les traitant comme un simple décor photographique — ou à assister à une régate comme la Vogalonga en mai ou la Regata Storica en septembre, où les forcole sont réellement utilisées plutôt qu'exposées de façon statique. Les collections maritimes de la Fondazione Musei Civici di Venezia conservent également des forcole historiques qu'il est intéressant de comparer aux pièces contemporaines, montrant à quel point la forme essentielle a peu changé, même si chaque artisan y apporte sa propre patte.
Sources
- Fondazione Musei Civici di Venezia — collections d'artisanat maritime du Museo Storico Navale
- Comune di Venezia — documentation patrimoniale sur l'aviron traditionnel (voga alla veneta)
- La Biennale di Venezia — programmation design et artisanat évoquant la construction navale vénitienne
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