En bref
Un squero est un chantier naval vénitien traditionnel où gondoles et autres embarcations de la lagune sont construites et réparées à la main, selon des méthodes restées largement inchangées depuis des siècles. Une gondole est volontairement asymétrique — un côté est plus large que l'autre — pour contrer la poussée latérale d'une rame unique maniée depuis la poupe, et elle est construite à partir d'environ huit essences de bois, au terme de plusieurs mois de travail qualifié.
En un coup d'œil
- Terme
- Squero — un chantier naval vénitien traditionnel
- Exemple le plus connu
- Squero di San Trovaso, Dorsoduro, en activité depuis environ le XVIIe siècle
- Temps de construction
- Plusieurs mois pour une gondole neuve ; entretien saisonnier continu pour les bateaux existants
- Matériaux
- Environ huit essences de bois, dont le chêne, le sapin, l'orme, le cerisier, le noyer, le mélèze, le tilleul et l'acajou
- À noter
- Ce sont des chantiers en activité ; on peut les observer avec respect depuis le quai des Zattere en face, ce n'est pas une attraction payante
- Dernière vérification
- Juillet 2026
Ce qu'est vraiment un squero
Le mot squero désigne un petit chantier naval construit pour fabriquer et réparer les embarcations traditionnelles à fond plat de la lagune vénitienne, dont la gondole est le type le plus célèbre, mais loin d'être le seul. Historiquement, la ville comptait des dizaines de ces chantiers disséminés dans les sestieri, chacun se spécialisant généralement dans certains types de bateaux et souvent tenu par une seule famille sur plusieurs générations. Aujourd'hui, seul un petit nombre reste actif, le plus connu étant le Squero di San Trovaso, dans le Dorsoduro, reconnaissable à ses bâtiments de bois qui évoquent davantage un chalet alpin qu'un palazzo vénitien — un style que l'on pense refléter les origines montagnardes de nombreux charpentiers de marine, historiquement venus de la région du Cadore pour travailler dans les chantiers de Venise, apportant avec eux leurs habitudes de construction à ossature bois.
Pourquoi une gondole n'est pas symétrique
La caractéristique la plus contre-intuitive de la gondole est invisible pour la plupart des gens qui l'observent depuis un pont : elle n'est pas symétrique le long de son axe longitudinal. Le côté gauche, à l'opposé du gondolier, est construit environ 24 centimètres plus large que le droit. Cette asymétrie existe pour contrer un problème physique précis — une gondole est menée par un seul rameur debout à la poupe, utilisant une seule rame d'un seul côté, une technique qui, sans cela, pousserait constamment la proue du bateau hors de sa trajectoire. En construisant la coque plus large et plus courbée à gauche, les charpentiers créent une correction hydrodynamique qui permet à un rameur seul de maintenir un cap droit en s'appuyant sur les points de pivot de la forcola plutôt qu'en luttant contre la dérive naturelle du bateau. C'est une solution affinée par tâtonnements au fil des siècles, plutôt qu'issue d'un calcul formel d'architecture navale, ce qui signifie que chaque coque de gondole est une réponse fonctionnelle à un problème mécanique précis, et non une forme décorative.
Huit bois, une seule coque
Une gondole construite selon la tradition utilise un assemblage réfléchi d'essences de bois, chacune choisie pour son comportement dans une partie précise du bateau : le chêne pour la quille et les membrures structurelles, là où la résistance à la flexion importe le plus ; le sapin pour les bordages plus légers ; l'orme, qui supporte de rester en permanence sous l'eau dans les parties immergées de la coque sans pourrir aussi facilement ; le cerisier et le noyer pour les éléments courbes et décoratifs ; le mélèze, l'acajou et le tilleul pour d'autres rôles structurels et de finition. Les charpentiers de marine — les squerarioli — cintrent ces bois à la vapeur pour former les courbes complexes de la coque, à l'œil et à l'expérience, en utilisant des gabarits et modèles transmis au sein d'un même chantier plutôt que des patrons industriels standardisés — ce qui explique en partie pourquoi les bateaux issus de squeri différents, et même de charpentiers différents au sein d'un même squero, se distinguent nettement pour un œil exercé.
Construire et entretenir, pas seulement construire
La construction d'une gondole neuve est réellement rare — les quelque 400 gondoles autorisées de Venise ont pour la plupart des décennies d'existence, restaurées et replanchées à répétition plutôt que remplacées, et l'activité la plus régulière d'un squero reste l'entretien : recalfatage des joints, remplacement des bordages usés, remise en peinture de la coque noire traditionnelle (une couleur dont l'histoire est elle-même disputée, parfois rattachée à une loi somptuaire de l'époque de la République limitant les décorations ostentatoires, parfois à un simple souci pratique), et remontage des ferro de proue et des forcole fournis par les ateliers de remèri ailleurs dans la ville. Une construction neuve complète, lorsqu'elle est commandée, peut demander plusieurs mois de travail qualifié et représente un investissement considérable — l'une des raisons pour lesquelles les squeri survivent surtout en servant la profession des gondoliers et les clubs d'aviron plutôt que des acheteurs occasionnels.
Un métier sous réelle pression
Comme la plupart des artisanats vénitiens, le travail des squeri se heurte à un problème structurel : former un charpentier de marine qualifié prend des années, l'espace d'atelier dans le centre historique est cher et limité, et le nombre de jeunes Vénitiens choisissant ce métier a diminué, alors même que la flotte professionnelle de gondoliers a toujours besoin d'un entretien régulier pour rester autorisée et sûre. Certains chantiers se sont adaptés en construisant des embarcations traditionnelles plus petites — sandoli, mascarete, topi — destinées aux clubs d'aviron de loisir, qui se sont développés parallèlement à un renouveau de la voga alla veneta en tant que sport de compétition ; cela a plutôt contribué à maintenir la demande de coques véritablement faites à la main, même si le nombre de gondoles destinées aux touristes reste stable.
Observer avec respect
Le Squero di San Trovaso peut être observé depuis le quai public le long du Rio di San Trovaso et depuis les Zattere, sur la rive opposée — un point de vue véritablement satisfaisant, sans qu'il soit nécessaire de pénétrer sans y être invité dans un chantier en activité. C'est une entreprise active, non une exposition de musée, et la traiter comme telle — une observation discrète plutôt qu'une demande de photographies ou d'interaction — est la courtoisie de base attendue de quiconque s'arrête pour regarder.
Sources
- Fondazione Musei Civici di Venezia — Museo Storico Navale, documentation sur la construction navale traditionnelle
- Comune di Venezia — registres relatifs aux licences de gondole et au patrimoine de la voga alla veneta
- Ente Gondola — association professionnelle officielle des gondoliers de Venise, informations publiques sur la construction des gondoles
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